04/05/2017

Et si le Diable le permet


Aujourd'hui arrive sur les étales mon troisième roman intitulé Et si le Diable le permet. Car oui, je sors un bouquin entre les deux tours des élections présidentielles françaises. Parce que j'aime le challenge, moi. Mon premier roman était de la fantasy crépusculaire (Wastburg), le second du rétrofuturisme soviétique (Sovok) donc fort logiquement, ce troisième ouvrage est un récit lovecraftien pulp se déroulant en 1930 à Montréal. Voici ce qu'en dit le quatrième de couverture :

1930. Le monde se remet à peine de la pire crise financière de tous les temps. Les capitales paniquent encore à la moindre rumeur, les colonies sont paralysées par la peur… Même les riches ne dorment pas sereinement, c’est dire.
Heureusement pour lui, le très aventureux Sachem Blight travaille dans un domaine épargné par toute cette incertitude boursière : il parcourt le vaste monde pour secourir les filles et fils de bonne famille, cette brochette d’inconscients qui se jettent volontairement dans la gueule du loup sous le prétexte de vouloir goûter aux joies de vacances exotiques. Le commerce de Blight l’emmène sur tous les continents pour affronter la multitude de dangers auxquels ses clients se frottent lors de leurs tribulations. Et cette fois-ci, Sachem est appelé à la rescousse à Montréal, au Québec. Et manque de chance pour lui, son niveau de Français n’est pas à la hauteur de l’enquête qu’il doit mener. Pour la première fois de sa carrière, il va devoir composer avec une partenaire, en la personne d’Oxiline, sa demi-sœur qu’il connaît à peine.

Mes deux premiers romans parlaient déjà indirectement de Montréal. Wastburg était une réinterprétation médiévale et déformée de ma réalité linguistique et culturelle (une ville coincée sur une île, deux peuples qui se tournent le dos mais cohabitent par la force des choses...). Sovok mettait en scène une Moscou qui n'a jamais existé où je projetais mon expérience des hivers montréalais et des services ambulanciers à qui j'ai fait appel un beau jour quand j'ai trouvé ma femme évanouie dans notre salle de bains. Il me semblait donc qu'il était temps que j'ai le courage littéraire de ne plus me cacher derrière de faux décors et que je parle cette fois-ci directement de Montréal. Bon, j'ai triché en plaçant l'intrigue en 1930, j'en conviens, mais l’idée était d’en finir avec un double syndrome de l’imposteur : je suis désormais un québécois qui s’assume et un romancier qui revendique son statut (surtout quand il y a des petits fours et un public pour m’écouter soliloquer).

L'idée de ce roman est née d'une lecture chroniquée sur ce même blog dans un article intitulé Adrien Arcand, führer canadien. Je découvrais là un personnage réel digne d'un roman et m'employais à trouver un moyen de le mettre en scène. 1930. Nazi. Donc pulp. Donc Cthulhu. Donc Lovecraft. Il me fallait un héros (je ne sais pas pourquoi, écrire un livre ayant pour protagoniste principal un nazi certes canadien, ça ne me branchait pas). Et c'est là qu'est arrivée une docte discussion entre Tristan Lhomme, Benjamin Kouppi et moi où ces messieurs m'ont parlé de l'existence des guides touristiques Baedeker. C’était l’ancêtre du Guide du Routard. Et j’avais besoin d’un héros parcourant infatigablement le globe, j’ai donc imaginé un jeune homme gagnant sa vie en allant porter secours aux gosses de riches qui vont se mettre dans des situations pas possibles à l’autre bout du monde. Car oui, il fallait aussi que le personnage central porte en lui les germes d’une série : il devait avoir de bonnes raisons d’aller volontairement se fourrer dans des histoires dangereuses. Et c’est ainsi qu’est né Sachem Blight, un héros pulp canadien. Je voulais qu’il découvre Montréal avec ses yeux de presque étranger comme moi quand j’ai appris à connaître cette ville avec mon regard de Français alors que je débarquais de l’avion il y a onze ans. Car oui, Sachem, c’est un peu moi, quelque part. Je ne vais pas me lancer dans une analyse de texte digne du bac de français, mais vous allez vite comprendre qu’il a une demi-sœur (Oxiline) avec qui il va devoir apprendre à cohabiter. Et sans étaler ma vie familiale, il se trouve que j’ai moi-même une jeune demi-sœur que je ne connais pas si bien. Vous voyez à quel point le réel et le fictif se mélangent. Ce n’est pas nouveau : j’écris toujours en déformant ce qui m’arrive. Ainsi, plusieurs scènes se déroulent à l’école Villa Maria, une institution pour jeunes filles catholiques dans laquelle je travaille aujourd’hui comme adjoint administratif. C’est l’ancienne demeure très officielle du Gouverneur général du Canada, elle suinte de véracité historique et de récits avec des fantômes que se racontent le personnel et les élèves. Si l’intrigue s’était déroulée deux ou trois ans plus tard, j’aurais même pu mettre en scène la jeune Veronica Lake (vous la connaissez sans doute parce que c’est elle que Kim Basinger imite dans LA Confidential), que ses parents avaient envoyé à Montréal pour ne plus avoir honte de ses comportements peu catholiques, qui finiront par lui valoir un renvoi de notre établissement et une carrière chaotique à Hollywood.

Et pourquoi donc écrire du pulp lovecraftien, me direz-vous ? Parce que ce bon HP est présent depuis mes débuts, quand j’ai commencé à novéliser un de mes scénarios pour l’Appel de Cthulhu paru dans le magazine Casus Belli. Que voulez-vous, l’un de mes plus vieux souvenirs de JdR, c’est d’avoir joué à l’AdC au cours d’une retraite spirituelle dans un séminaire. Je crois me souvenir que nous avons enquêté sur un cirque de freaks qui s’était arrêté au bord de la mer. Les Profonds étaient sortis des vagues pour récupérer l’un des leurs, enfermés dans un aquarium pour faire peur aux curieux. La fusillade sur la plage avait été d’autant plus épique qu’il ne fallait pas que Sœur Marie-Noëlle, notre surveillante, nous surprenne à passer notre nuit blanche à perdre de la SAN. Et c’est à ce gamin déjà fasciné par la matière lovecraftienne que j’ai pensé en écrivant ce roman. Je sais que pas mal de vieux rôlistes n’ont plus le temps de jouer (ou du moins pense que c’est compliqué de jouer comme dans le temps. Rien n’est plus faux, mais ce n’est pas le sujet de ce billet) et achètent encore des livres de l’Appel de Cthulhu juste pour les lire avec nostalgie. Et bien ce roman, c’est un petit peu la novélisation d’une campagne de l’AdC qui n’a jamais été jouée ni écrite. Il est fait pour les rôlistes qui veulent retrouver le charme des parties d’antan sans pour autant avoir le temps ou le courage de s’y remettre. Oh, ça ne veut pas dire que c’est un livre inaccessible aux non-rôlistes, bien au contraire. C’est de l’aventure et du mystère dans la grande tradition pulp, c’est donc parfaitement compréhensible par quiconque jubile devant Indiana Jones. Y’a même pas besoin de connaître le Mythe (parce que je ne suis nullement un expert en tentacules). C’est juste que les rôlistes percevront que je me moque gentiment de certains travers de notre hobby et de notre appropriation ludique de l’univers de Lovecraft. Car ce n’est pas un pastiche lovecraftien, c’est vraiment une manière de raconter une partie de l’Appel de Cthulhu en mode plus héroïque. Pas d’antiquaire dépressif, mais des héros volontaires pour qui on vibre quand il leur arrive des tribulations.

Ce roman est le premier d’une série. Sachem et sa sœur reviendront sous peu pour une aventure intitulée Le Tour du monde en un jour qui se déroulera à Paris en 1931, pendant l’exposition coloniale internationale (J'ai déjà rédigé le prologue de cette histoire, pour tout vous dire). Car j’ai décidé de suivre l’exemple des livres de Jean d’Aillon mettant en scène Guilhem d’Ussel et de faire des bonds d’un an à chaque volume et de placer l’intrigue dans une ville différente à chaque fois. Après tout, les grandes campagnes de l’Appel de Cthulhu comme Les Masques de Nyarlathotep nous proposent toujours 4 ou 5 destinations iconiques.

Pour celles et ceux qui ont eu la gentillesse de lire mes deux précédents romans, ils seront en terrain connu : j'ai gardé mon ton rigolard tout du long. Et surtout. je me suis amusé avec la langue, comme à l’accoutumée. Il y a des passages en joual (le sociolecte québécois) qui ne sont pas traduits en note de bas de page. Ne vous inquiétez pas : tout est compréhensible par la magie du contexte. Au pire, faites comme un de mes amis québécois de souche quand il a lu l’argot de Wastburg : remplacez les mots que vous ne comprenez pas par Schtroumpf. Par contre, là où Wastburg était une collection de points de vue disparates et où Sovok était un instantané dans la vie de trois urgentistes, Et si le Diable le permet est bien plus classique dans sa narration. On n’y suit que deux protagonistes menant l’enquête. Et oui, il y a une intrigue facilement identifiable, cette fois-ci. On dirait bien que j’ai écrit un truc commercial, voyez-vous. Parce que, non, je ne veux pas rester underground, je veux écrire des bouquins pas faits pour cent personnes mais pour des millions.

Tout ça avec une couverture qui défonce tout de Melchior Ascaride et un travail éditorial aux petits oignons de Julien Bétan (qui devrait apprendre à se mêler de ses affaires, mais bon…). Le tout sous le patronage d’André-François Ruaud, le berger en chef.

Et encore merci à celles et ceux qui me suivent depuis le début : promis, quand Netflix achètera les droits pour en faire une série télévisée, on fera la bamboula tous ensemble.

Pour acheter le livre sur le site des Moutons électriques, sur Amazonà la Fnac ou chez votre libraire de quartier (car les libraires sont indispensables à notre écosystème). Il est à 15 euros en version papier et à 5,99 euros au format numérique. Et il répond au doux code ISBN 978-2-36183-359-6.

5 commentaires:

  1. Sur ma PAL, tout de sweet !

    RépondreSupprimer
  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

    RépondreSupprimer
  3. Des thèmes qui font envie !!! Et hop, sur ma liste des prochains achats.

    RépondreSupprimer
  4. Ayé, fini de lire! J'ai dévoré ça plus vite que d'habitude, c'était vraiment très bon. J'en retiens deux éléments essentiels:

    L'histoire du Québec et ses relations avec le reste du Canada sont un sujet sans aucun passionnant, si je n'avais pas déjà une pile énorme de bouquin historique sur les bras, j'en aurais rajouté un immédiatement sur le sujet. Et je préfère cent fois le style et le manière qu'à Cédric d'aborder le Québec à un Magasin Général (la BD de Loisel) qui prend plaisir à perdre complétement le lecteur dans le vocabulaire et les expressions québécoises en se prenant toujours très au sérieux sur le sujet.

    Et deuxièmement, il ne faut pas grand chose pour rendre crédible des sectataires Cthulhiens, juste une motivation qui tient la route. Et celle "Et si le diable le permet" est juste exceptionnelle.

    Je suis juste bien frustré d'être arrivé au bout: le duo de héro est très attachant, j'aurais bien passé un peu plus de temps en leur compagnie.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci beaucoup, Slawick, ça me va droit au coeur !

      Supprimer